La cosmétique Bio, pourquoi un tel succès ?

Ces dernières années, certaines rumeurs de toxicité courent sur les produits de beauté. Appliquez une crème de jour classique serait devenu un comportement à risques ! Si bien que le marché des cosmétiques bio a littéralement explosé…

Les crèmes classiques contiennent-elles des substances toxiques ?

La polémique sur les cosmétiques concerne les parabens. Ce sont des conservateurs de synthèse qui empêche la prolifération des microbes dans les crèmes. Ils sont également employés dans plus de mille produits pharmaceutiques, ainsi que dans la conservation des aliments. Les soupçons concernant les parabens viennent d’une étude britannique menée par le professeur Darbre sur 20 femmes atteintes du cancer du sein. Cette étude révèle l’accumulation de parabens dans les tissus cancéreux. Mais cela ne signifie pas qu’ils soient à l’origine de la tumeur. En effet, cette étude ne comportait pas de groupe témoin pour comparer les résultats. Elle n’a pas non plus identifié la provenance des parabens.

cosmetique-bioPour Aril Pochet, du département de l’évaluation des produits cosmétiques de l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), « Aucune étude scientifique n’a démontré le lien entre l’utilisation de cosmétiques contenant des parabens et les cancers. » Mais l’agence « en profite pour effectuer une réévaluation de la sécurité de ces substances. » L’éthyl et le méthylparaben sont inoffensifs. Le propylparaben a également obtenu un avis favorable des scientifiques.

Est-il possible de les éviter dans nos crèmes ?

Les conservateurs chimiques jouent un rôle crucial dans les cosmétiques. Leur quantité dépend du type de texture et du type de contenants utilisés. « Plus un produit contient d’eau, plus le risque de développement microbien est élevé et plus la concentration de conservateurs est grande », précise Arila Pochet. Par ailleurs, une crème contenue dans un tube ou dans un flacon-pompe en contiendra moins que si elle est présentée dans un pot, largement ouvert dans lequel on plonge les doigts…

Qu’en est-il des sels d’aluminium ?

Ils sont utilisés dans les antiperspirants, c’est-à-dire les déodorants qui limitent la sudation. Mais ils représentent aujourd’hui la majeure partie du marché des déos. Selon Arila Pochet, la rumeur est infondée. Premièrement, parce que « l’on ne connaît pas les conséquences de l’exposition globale du corps à l’aluminium », qui est présent partout, et deuxièmement parce que l’on ne sait pas exactement « quelle concentration d’aluminium pénètre dans le corps » lors de l’application d’un antiperspirant.
(La communauté scientifique rejette actuellement toute toxicité de l’aluminium par voie cutanée.)

Existe-t-il d’autres substances chimiques sujettes à polémique ?

Les éthers de glycol sont des conservateurs, et sept de ces substances ont été interdites pour leur effets nocifs sur la reproduction. Mais elles n’étaient pratiquement plus utilisées dans les cosmétiques. Quatre autres catégories sont encore employées. Parmi elles, le phénoxyéthanol, dont la concentration est limitée à 1%. Après évaluation, il ne suscite pas l’inquiétude des scientifiques. Les trois autres, dont la concentration est, elle aussi, limitée, sont utilisées dans les teintures pour cheveux.

Les cosmétiques sont-ils surveillés par les autorités ?

Toutes les substances chimiques précédemment évoquées font l’objet d’une grande vigilance. Au niveau européen, la directive « cosmétique » de 1976 est régulièrement amendée en fonction des études menées dans ce domaine. La dernière modification de septembre 2003 impose la mention apparente d’une date limite de consommation, qui permet de lutter contre les risques de prolifération bactérienne, et informe sur l’éventuelle inefficacité du produit au-delà de cette date. Elle impose aussi une plus grande transparence sur sa composition. Les ingrédients sont désormais notés par ordre décroissant de masse. C’est-à-dire que le premier ingrédient cité dans la liste est celui dont la présence est la plus importante.

Les cosmétiques bio évitent-ils les problèmes ?

Certaines personnes sont allergiques aux parabens ou à d’autres substances chimiques, même si, « comparé à la quantité utilisée dans les cosmétiques, le taux de réactioons allergiques est faible », précise le docteur Rousseau, dermatologue à Bordeaux. Elles peuvent donc se tourner vers les cosmétiques bio. Mais attention ! Les substances naturelles ne sont pas forcément meilleures. D’une part, certaines plantes comme le sojat ont une activité hormonale qui peut poser problème. D’autre part, elles peuvent, elles aussi, être allergisantes.

Comment les crèmes bio sont-elles fabriquées ?

En France, les cosmétiques bio sont labellisés par Ecocert, qui garantit que les matières premières ont été cultivées selon les règles de l’agriculture biologique. L’utilisation de conservateurs naturels est obligatoire. Ils sont moins efficaces que les chimiques, ce qui rend les produits plus fragiles. Il vaut donc mieux les conserver dans un endroit frais et sec et préférer les flacons-pompes et les pots de petite taille.

Les cosmétiques bio sont-ils plus fiables ?

Comme les autres cosmétiques, les cosmétiques bio sont très contrôlés et doivent soumettre un dossier à l’AFSSAPS. L’organisme Ecocert décerne deux labels différents en fonction du taux d’ingrédients biologiques dans le produit. Le label « Eco » garantit que 95% des ingrédients sont naturels, au moins 50% issus de l’agriculture bilologique, et que 5% du produit fini est bio. Le label « Bio » garantit que 95% des ingrédients sont d’origine naturelle, 95% issus de l’agriculture biologique et que 10% du produit fini est bio. Et, bien sûr, ils ne doivent pas contenir de parfum, de colorant ou de conservateurs de synthèse, ni de dérivés du pétrole.

Les cosmétiques bio sont-ils plus chers ?

Les cosmétiques bio ne sont pas beaucoup plus chers que les cosmétiques traditionnels. La différence de prix vient du mode de production plus coûteux. En outre, le volume de production des cosmétiques bio étant relativement faible, les prix ne peuvent pas être aussi bon marché que pour les grandes marques.